État des lieux sur le journalisme arabe.

 

art 2Pouvons-nous effectivement parler d’un journalisme uni dans le monde arabe et le mettre dans un même sac sans nuances ? Y a t-il une ressemblance du journalisme dans tous les pays arabes au point de pouvoir le critiquer et l’analyser d’une seule et même manière pour tous les pays de cette région ? Plus concrètement, est-il juste de parler du journalisme au Maroc de la même manière que nous parlons de celui-ci en Tunisie, aux Emirats arabes unis ou en Syrie ? De plus, pouvons-nous effectivement dire que le journalisme de cette région est à ce point homogène ? Par conséquent, pouvons-nous dire que nous nous sommes conformés à l’image que les occidentaux ont dressé de notre journalisme, de nos pays et de nos peuples ? En effet, l’Orient s’est plié à cette image qui a été dressée de nous et nous ne la dépassons pas. Bien au contraire, le monde arabe est entré dans une course pour devancer ce que les autres medias vont dire de lui.

Pour prolonger ces interrogations, nous pouvons également nous poser la question sur la différence qu’il y a dans le journalisme au sein d’un seul et même pays, entre par exemple entre la presse officielle d’Etat et la presse privée. Un autre sujet à aborder est celui du journalisme sur les réseaux sociaux qui se sont développés avec l’accès à internet et aussi spécialement après le printemps arabe. Ce développement est tel que ces media ont maintenant le même poids que la presse traditionnelle ou officielle. Est-ce que la durabilité des régimes arabes est la preuve qu’il a réussi à enrôler cette presse comme il l’entend tout comme nos sociétés ? Les régimes nous ont-t-il tous mis sous son autorité sans aucune résistance ? Toutes ces questions doivent être abordées individuellement et doivent être analysées avant de traiter le sujet du journalisme arabe. Cette région est particulière parce qu’elle est composée de 22 pays et chacun de ces pays contient différents nationalismes, ethnies et microsociétés qui coexistent .

drapeau-pays.jpgDe manière générale, nous pouvons dire que le journalisme dans la plupart des pays arabes excepté le Liban est un journalisme qui est lié au pouvoir politique qui l’abrite ou aux structures économiques qui gravitent autour. C’est peut-être la raison qui a poussé l’Occident à parler d’un journalisme arabe uni sans nuances. Les liens puissants entre journalisme et pouvoir en place depuis plus d’un demi-siècle ont poussé à l’immobilisme du journalisme de la région sous des slogans futiles et une langue de bois permanente, qui n’avaient pour but que la soumission du peuple au pouvoir en place. Ce qui dénature le but initial du journalisme. Partant de ce constat, nous pouvons dire que le journalisme dans le monde arabe ne possède pas d’identité propre ou d’existence libre et éloignée du pouvoir en place. En effet, il n’y a pas de presse libre et indépendante qui peut prétendre fonder une école de pensée du journalisme, afin de développer ce métier à travers les générations. Pour cela, nous ne pouvons pas qualifier le journalisme arabe de journalisme qui prend l’initiative ou qui peut avoir une valeur ou insuffler une évolution de la pensée, en étant responsable et loin des yeux du pouvoir. Donc, le journalisme arabe dans son coté officiel est assujetti au pouvoir en place par la durabilité et la surveillance du pouvoir d’une part, et d’autre part par le financement total par celui-ci.

Si l’on parle du professionnalisme et de la technique, le journalisme de cette région ne fait que copier les avancées faîtes par l’Occident, et suivre les trajectoires et le développement de ce dernier.

Pendant la période du nationalisme et des indépendances lors de la dernière moitié du siècle dernier, le journalisme arabe et spécifiquement le journalisme égyptien a connu une transformation en un instrument de propagande du pouvoir à destination du peuple. Le journalisme a permis au discours du pouvoir d’être compris par le peuple en le traitant avec des mots simples et une analyse populiste des faits, qui crée un engouement de la population pour la politique des dirigeants. Le but de ce journalisme est la mobilisation des populations autour des idées nationalistes qui légitiment les régimes au pouvoir. Par conséquent, le journalisme arabe a été tué par cet usage qui le rend extrêmement simpliste. Du point de vue des institutions journalistiques, cela nuit au développement à l’innovation, ou au changement de méthodes. Tant que le journalisme encense le pouvoir en place, il ne trouve plus aucun obstacle. Le journalisme a donc accepté son sort, celui de rester un instrument futile sans profondeur et sans possibilité de développement et d’initiative. Le journalisme est finalement resté depuis le porte-parole du pouvoir, ce qui a condamné progressivement toutes les libertés dans ces pays du monde arabe.

Le président Nasser via sa chaine radio Sawt al arab (la voix des arabes) qui a émis pendant deux décennies entre années 1950 et 1960, a permis d’exporter et de fortifier la doctrine nationaliste arabe. Cette chaîne est devenue non seulement un instrument de propagande, mais aussi un media de traitement et de diffusion de l’information. Toute information qui ne correspond pas à l’idéologie de la chaine été systématiquement qualifié de complotiste contre la nation arabe. Par la suite, après la guerre des six jours en 1967, est apparue au grand jour la supercherie du journalisme arabe sous Nasser.

Gamal-Abdel-Nasser-et-Mohammed-Hassanein-Heykal_rec.jpgAprès l’expérience journalistique nationaliste arabe, le monde arabe a connu la création de la chaîne Al jazzera en 1996 qui a bouleversé le journalisme arabe et a exposé ses faiblesses. Al jazzera est devenu rapidement la source d’information la plus influente du monde arabe car le citoyen arabe n’avait plus confiance en ses médias officiels. Al jazzera a donc pris une direction nationaliste avec le biais idéologique qu’est l’Islam politique. Cette expérience de Al jazzera n’a pas pu réussir longtemps car elle a perdu de la crédibilité en prenant parti pour les frères musulmans sans aucune analyse objective. Al jazzera est tombée non seulement dans l’idéologie mais aussi dans la complaisance au pouvoir qui la finance, comme le montre sa défense inconditionnelle au Qatar contre l’Arabie saoudite, et de l’Egypte lors de la dernière crise du Golfe. Al jazzera est donc devenue le porte-parole du gouvernent qatari. Elle le défend et incrimine ceux qui le contredisent. Elle est aussi le porte-parole des frères musulmans, spécialement après la chute du président Morsi en 2013 Egypte.

Il faut penser au futur en admettant que nous ne sommes pas au niveau que ce soit artistiquement, financièrement, intellectuellement et professionnellement. Le journalisme dans les autres régions a dépassé celui du monde arabe de plusieurs décennies. Il faut donc changer la nature de ce journalisme qui défend les régimes sans pouvoir proposer de critiques constructives ni d’initiatives. Il est impératif de penser à la recherche et au développement de ce secteur.

Nous pouvons admettre que le journalisme dans les démocraties libérales a un rôle dans le pluralisme politique, social et idéologique. Dans les pays démocratiques, le pluralisme appuie les droits de l’homme, la liberté de penser et de critiquer, ainsi que la possibilité de faire un choix politique de manière libre. Dans ces pays, le journalisme met l’accent sur la responsabilité, le dialogue et la reconnaissance de l’autre et d’un avis différent. Quel rôle attendons-nous que le journalisme arabe joue au sein nos régimes politiquement, socialement et intellectuellement ?

Bachar Aboud.

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