Suite (3/5): La politique, des conceptions radicalement inverses en Occident et en Orient

542060saisoist-448x293De tous les sujets qu’on peut aborder au sein du monde arabo-musulman, beaucoup ont trait à des enjeux de surface. Ainsi, le terrorisme est le produit d’une histoire, celle de la diffusion de la pensée wahhabite et du financement des ces mouvements par l’Arabie Saoudite. Concernant la récurrence des régimes autoritaires, ils sont souvent liés à l’émergence des villes comme lieu privilégié d’expression du politique, favorisant ainsi les classes moyennes. Mais qu’en est-il pour le rapport au politique ? Dans la continuité de l’article précédent, il s’agit de cerner les fondements philosophiques des sociétés occidentales et musulmanes afin de mieux appréhender les conceptions politiques bien différentes qu’offrent aujourd’hui ces deux ensembles civilisationnels. Ainsi pourquoi l’Egypte est en passe d’interdire l’athéisme alors qu’en Occident la religion est confinée à l’espace privé ?

De l’intérêt des fondements philosophiques pour comprendre le monde musulman

Il s’agit donc d’aborder trois pans de la philosophie politique afin d’éclairer autant que peut se faire les impensés qui sous-tendent les décisions des chefs d’Etat et acteurs influents de ces deux mondes. Cependant, il faut noter que cette « archéologie du pouvoir » est bien plus pertinente pour comprendre le monde arabo-musulman que pour cerner les contours du monde occidental. En effet, la substitution du qualificatif d’occidental à chrétien en dit long. Il faut en effet rappeler que toute l’histoire politique de l’Occident s’est faite dans manière ambigüe vis-à-vis de religion. Alors que la religion a toujours été l’essence du pouvoir en terre d’islam, le christianisme a été délaissé en tant qu’instrument de légitimation, au profit de la toute puissance de la biopolitique. C’est ce qu’aborde Omar Saghi dans son essai Comprendre la Monarchie Marocaine. Ainsi, pour expliquer la singularité de la monarchie marocaine, il convoque les exemples de l’empire ottoman pour décrire l’étonnante manière dont il gouverne à l’aune de nos principes étatiques du XXI ème siècle. Ainsi, ce qui permet à cet empire d’assujettir un territoire si vaste était le lien métaphysique qui liait les sujets à leur sultan. En effet, le sultan est l’imam des croyants et ce titre compte énormément dans une époque où chaque homme considère que son salut est une quête. C’est donc un lien pastoral comme le décrit Foucault sous forme d’un lien appelé allégeance. En Europe chrétienne au contraire, la tendance est différente puisqu’à partir des Lumières les rois délaissent peu à peu leur fonction de « lieutenant du christ » pour s’adonner à ce qui a trait à la biopolitique. En effet comme le montre Charles Tilly ou Yves Deloye, à partir du treizième siècle un cercle vertueux prélèvement fiscal- renforcement des forces armées (permettant de prélever l’impôt justement) donne la capacité aux monarques de contrôler l’ensemble de leur territoire et d’y mener des grandes réformes. L’exemple de Louis XIV est représentatif de cette tendance avec son goût pour les réalisations grandiloquentes accompagné en cela de son ministre principal le cardinal Mazarin. Influencé par le mouvement des Lumières, que nous évoquerons par la suite, on peut déjà constater le profil proto-technocratique de Louis XIV. Par contraste, le Royaume chérifien conserve toujours cette pratique de la baya, qui aux vues de l’affrontement Bled Siba/Bled el-makhzen au XX ème siècle, est loin d’être une cérémonie à simple connotation honorifique. En effet, les chefs de tribus font réellement allégeance au Roi dont on reconnaît sa fonction de commandeur des croyants. Il donc plus utile de s’arrêter pour les Occidentaux sur les spécificités arabo-musulmanes que sur les particularités occidentales dont la pratique politique montre qu’ils se sont éloignés de la philosophie d’origine.

Il s’agit donc d’évoquer dans les articles suivants, deux grandes caractéristiques qui distinguent les deux ensembles civilisationnels. D’une part, nous évoquerons les liens qui unissent gouvernants et gouvernés et les implications que cela a sur les interactions entre sujets pour les uns, individus pour les autres. D’autre part, il s’agit d’expliquer les conséquences que l’approche de chaque religion à la raison implique sur la conception du pouvoir dans sa légitimité et sa finalité notamment.

Ce dossier sera traité en plusieurs articles a venir…

Reda El Jai

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