suite (5/5) Le politique, des conceptions radicalement inverses en Occident et en Orient

La place de la raison

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L’approche de la raison détermine pour beaucoup la conception que les sociétés se font du pouvoir. Les religions se sont emparées de ce questionnement dans la mesure où la raison pouvait entrer en concurrence avec la parole divine. De cette question, découle de nombreuses conséquences telles que celles sur la question sur la légitimité, les crises ou le rôle du souverain. Concernant la légitimité, les conceptions que s’en font ces deux ensembles civilisationnels sont bien différentes. Ainsi, la seule raison pour laquelle le calife possède le pouvoir tient à son appartenance à la lignée du Prophète. Son rôle se cantonne à transposer la Loi divine à la cité des hommes. En terre d’islam en effet, gouverner est un acte de foi. Plus encore en terre d’islam, en plus d’être étroitement façonnée par la shari’a, la pensée politique est influencée par les philosophes grecs et en premier lieu Platon. En effet, l’œuvre de Platon est attaché à la recherche d’un ordre politique idéal puisque confondu avec la vérité divine. La cité de Platon est ainsi celle de la Loi et cela correspond à affirmer le caractère politique et absolu de la shari’a. En résumé, le Prince au sens générique a en terre d’islam un rôle de régulateur et d’organisateur de la cité, mais il n’est pas compétent pour dire le juste, ce qui est davantage la prérogative des ulémas. Bien différente est la manière dont la légitimité est perçue en Occident. En terre chrétienne, celle-ci est déléguée par Dieu et celui à qui elle est déléguée est chargé de son interprétation. Ainsi, le roi est le « lieutenant du christ » et le Pape s’est paré de l’infaillibilité pontificale et le dirigeant de ces deux pouvoirs se sont affrontés selon des arguments portant sur la source divine de leur pouvoir. C’est ce qu’on a pu voir avec le Pape qui considérait que le spirituel était supérieur au temporel durant une époque du Moyen-Age alors qu’à une autre, les empereurs Othons se parent du pouvoir spirituel en faisant une référence explicite à l’Empire romain au début de sa transformation chrétienne tout en gardant la prérogative temporelle, marginalisant ainsi le Pape. C’est l’opposition entre la pensée aristotélicienne et platonicienne qui explique ces différences : pour le premier il y a un seul espace politique porteur de sa propre formule de légitimité, distincte de la Loi de Dieu. Pour le second, il n’y a pas de distinction. Mais, la pensée politique islamique ne résume pas une alliance entre l’islam et Platon. D’autres auteurs dont Farabi est le plus influent a permis cette importation et adaptation de la pensée de Platon à la société islamique. D’ailleurs, Farabi critique certains aspects de la pensée de Platon. Ainsi, il critique l’idée de nature et d’ordre naturel et par extension il considère que la cité de Dieu est un seulement un idéal que les hommes ne peuvent atteindre.

averroesAu fond, les différences d’ordre philosophique expliquent des constructions plus visibles. Ainsi, Farabi, Ibn Roshd et Ibn Sina réconcilient Révélation et Raison. La raison est donc dans cette vision dépourvue d’autonomie dans la conception de la pensée et l’action humaine. Chez les chrétiens, la raison accède à une certaine autonomie et elle constitue un moyen autonome d’accéder à l’intelligibilité du réel et à la définition de l’acte juste. Cependant, il serait opportun de porter à la connaissance des Occidentaux le fait que la philosophie et la pensée islamique n’est pas si consensuelle sur la raison : en effet il a été débattu de l’utilité de la raison et de sa capacité d’aider à la connaissance de la Révélation. Tout d’abord, le Motazilisme au VIII ème siècle, apparenté au courent rationaliste de l’islam considère que la raison permet aux savants d’accéder au sens caché de l’Ecriture. Mais cette position est combattue par l’école hanbalite qui considère que la pureté de la tradition religieuse se suffit à elle-même. Enfin, l’école Asharite ne rejette pas totalement la démonstration rationnelle mais pense que celle-ci est d’autant plus fragile que la raison ne peut pas être un critère dans le domaine du dogme.

Il est donc important de comprendre que les clivages ne sont pas les mêmes en Occident et en terre d’islam. De ces différences découlent des tensions différentes d’une société à l’autre et on peut espérer que ces éclaircissements puissent esquisser pour le lecteur un début de compréhension des mentalités.

Reda El Jai

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