L’évolution des structures sociales : point de vue comparé entre l’Occident et l’Orient

 

video-conferences_iss.jpg

Le citoyen a souvent du mal à digérer le flot d’information qui lui parvient chaque jour. Malgré la bonne volonté de toute personne consciencieuse désirant cerner les enjeux de ce monde, il n’est pas simple de comprendre les lignes directrices qui mènent les transformations de notre époque. Entre les partis pris non assumés, la prolifération de média pour certains amateurs et d’autres en mission commandée pour des états ou des groupes d’intérêt, on privilégie l’instantané, l’émotionnel et le sulfureux. Ces caractéristiques s’appliquent tout à fait aux zones géographiques dont nous parlons. En effet, le monde arabo-musulman est souvent atteint par ces maux dommageables pour la qualité de l’information. Le monde occidental quant à lui souffre d’un manque de hiérarchisation de l’information, détournant les lecteurs de l’essentiel.

Fidèles à notre volonté de déconstruire les fantasmes et les idées reçues, nous souhaitons nous arrêter sur les changements récents des structures sociales de manière comparée, tant en Orient qu’en Occident. Ainsi, il faut à la fois éviter d’appréhender le monde arabo-musulman comme une aire culturelle enfermée dans un prétendu conservatisme et à la fois nuancer et rectifier la manière dont une grande partie de la population arabo-musulmane perçoit l’Occident. En effet, cet ensemble n’est pas uniforme et ne se réduit pas une perte de valeurs. Ce sont donc ces deux attitudes ethnocentriques auxquelles nous voulons échapper.

Nous nous concentrerons sur trois institutions importantes pour toute communauté humaine. Tout d’abord la famille, groupe dans lequel l’individu apprend la socialisation, la relation à l’Etat, incontournable car cette institution a toujours un monopole de contrainte fort. Enfin, nous appréhenderons les attitudes et caractéristiques des pays afin d’offrir une comparaison imparfaite mais élargie des sociétés occidentales et orientales à nos lecteurs.

D’ores et déjà, il s’agit de dégager de grandes tendances, quitte à généraliser certaines fois avec un peu d’excès, ce que nous nous attacherons à faire le moins possible. Mais cela est impossible à éviter pour toute pensée se donnant pour objectif de comprendre un système.

La famille : une institution qui perd de son influence en Occident

Tout d’abord, la famille est institution essentielle quelque soit la zone géographique dans laquelle nous nous trouvons. Souvent caractérisée comme cellule de base de la société, elle révèle par ses mutations des changements particulièrement intéressants à observer. En Occident, certains ont parlé de crise de la famille du fait de ces récentes et incessantes mutations. Sans reprendre à notre compte ce mot de crise, il s’agit de faire état des changements qu’a connu ce groupe. En ce qui concerne l’Occident, la famille a connu plus de changements en quelques siècles qu’en deux millénaires. En termes de typologie, la famille nucléaire a largement pris le pas sur les autres types de familles qui coexistaient auparavant. On doit la création de ces idéaux-types à Emmanuel Todd, qui prolonge le travail de Frédéric Le Play. La famille nucléaire se définit simplement par la forme la plus réduite du noyau familial avec la mère, le père et éventuellement un ou des enfants. Ce modèle a ainsi remplacé en Europe le modèle de famille de souche, où plusieurs générations cohabitent au sein d’un même ménage ou le modèle communautaire où des individus sans lien de filiation cohabitent au sein d’un même lieu. En particulier, les familles ne se défont plus par des fatalités de la vie comme la mort. Elles se défont par la généralisation du divorce, et parfois se recomposent. En effet, le recours au divorce a beaucoup augmenté en Europe. En 2013 au sein de l’Union européenne, EUROSTAT compte 2,1 millions de mariages pour 943 000 divorces. Depuis 1965 en Europe, le taux de nuptialité (calculant le nombre de mariages civils dans l’année et la population totale moyenne de cette même année) a baissé de 50 % en valeur relative. Un phénomène nouveau est aussi les naissances hors-mariages, qui s’élève à 42 % des naissances en Europe en 2014. Les mariages sont donc plus rares, plus courts dans leur durée et les naissances sont moins déterminées par ce contrat. Sans évoquer la parenté par les couples homosexuels ou les familles recomposées, on peut dire que la famille se diversifient dans ses formes, ce qui est le point objectif et progressiste pour contrer les conservateurs, plus minoritaires qui estiment que l’institution est fragilisée. Loin de trancher ce débat, nous devons tout de même constater que la famille est donc bien moins prégnante dans les choix de l’individu car celui, la nature ayant horreur du vide, trouve ses références dans d’autres institutions.

La famille : une institution toujours prégnante en Orient

Bien différente est cette institution dans le monde arabo-musulman. En effet, dans des Etats qui reconnaissent au minimum l’islam comme religion majoritaire de la population (Indonésie) ou les pays qui font de l’Islam la religion officielle du pays (le Royaume hachémite de Jordanie), il est évident que la famille soit une institution cardinale puisque le Coran insiste sur les devoirs entre ses membres. De plus, la forme même de famille est différente puisqu’elle a conservé en majorité un modèle de souche et patriarcal. Ainsi, l’ancien Roi du Maroc Hassan II tenait le soin par les enfants de leurs parents âgés comme un devoir de la plus haute importance et critiquait l’existence des maisons de retraite. La socialisation primaire de l’individu est donc étroitement corrélée à sa famille non seulement proche avec ses parents mais aussi ses grands-parents, parfois ses oncles et tantes qui ne se sont jamais mariés. Les divorces existent et augmentent avec l’augmentation du taux d’emploi féminin mais la tradition qui perçoit mal cet acte recommande de ne l’utiliser qu’en dernier recours. Les chiffres montrent une plus faible propension dans les pays musulmans à recourir au divorce mais cela varie beaucoup d’un pays à l’autre. Ainsi, la Tunisie est connue pour son haut taux de divorce, les pays du Golfe s’alarment de l’augmentation du divorce alors que ce phénomène est résiduel au Maroc. Cependant, le modèle présenté n’est pas monolithique. Ainsi, l’emprise de la famille est plus faible selon certaines conditions. Tout d’abord, l’exode rural et l’affirmation des villes comme lieu privilégié de production a modifié les comportements et les valeurs. En s’adonnant davantage à la production, on a forcément réduit le temps accordé à sa famille. De plus, l’accessibilité croissante à internet, en moyenne autour de 60 % dans le monde arabo-musulman, importe les valeurs des GAFA telles que l’individualisme, la culture du loisir, ce qui contribue à diminuer la qualité de la reproduction d’un modèle familial. Il d’ailleurs frappant pour le voyageur étranger de constater des différences de mentalités ne serait-ce qu’au sein d’un même pays. Il est par exemple édifiant comparer d’une part Fès, capitale spirituelle vivant de l’artisanat et de l’agriculture, peu intégrée dans la mondialisation économique et ayant conservé ses traditions et Casablanca, une ville où siègent les grandes banques, éclosent les start-ups et où l’on peut voir des gens aux comportements similaires à ceux des Occidentaux. Des évènements les plus banals de la vie quotidienne peuvent en témoigner, comme l’essor des contenus de fitness et de musculation où l’on peut voir des jeunes femmes dispenser des conseils dont la philosophie (qu’elles ignorent probablement) est fondamentalement cartésienne et révélatrice d’une importation occidentale dont internet a été le vecteur. Bien sûr, on est loin des 90 % de taux d’utilisation d’internet qui caractérisent la frange la plus moderne de l’Occident, mais cela montre que l’imaginaire des populations arabo-musulmane est largement influencée par ceux de l’Occident.

Dans nos prochains articles, nous nous pencherons sur la relation des citoyens/ sujets à leurs états et nous nous concentrerons davantage sur les spécificités nationales…

El Jai Reda

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s