MBS : refonte du système politique saoudien ou entreprise de démolition d’un ordre régional fragile ? (1/3)

Mohammed-ben-Salmane-en-visite-en-France-Il-essaie-de-seduire-avant-tout-les-investisseurs.jpgLe dicton populaire « les arabes se sont mis d’accord pour ne jamais s’accorder » fait sens, et ce depuis des temps immémoriaux. Le monde arabe est une entité désunie à tout égard. Aujourd’hui cette entité qui s’étend du Maroc à l’ouest et au Golfe persique à l’est est jalonnée de conflits nationaux et internationaux entre « pays frères ». Un bref aperçu s’impose afin de mesurer l’ampleur des dégâts. D’est en ouest, le Maroc est embourbé depuis les années 60 dans un conflit régional l’opposant à ses voisins l’Algérie et la Mauritanie concernant le Sahara. L’Algérie est depuis peu en proie à une instabilité politique liée à la maladie du chef de l’Etat et visée par une crise économique imminente liée à la baisse du prix du baril. En ce qui concerne la Libye, le pays est morcelé entre deux pseudo Etats qui s’affrontent dans un cadre de rivalités tribales et de convoitises des puissances occidentales concernant les ressources naturelles du pays. L’Egypte a subi deux révolutions en l’espace de trois ans qui se sont soldées par une détérioration de l’économie du pays (rente touristique, baisse des investissements) due à l’instabilité politique du pays, doublée d’une crise politique due à la chape de plomb grâce à laquelle le maréchal Al Sissi gouverne le pays. Enfin l’épicentre de l’entité monde arabe est la région la plus explosive à l’image du conflit syrien où l’on ne sait plus qui soutient qui, qui profite de quoi, au détriment de milliers de morts. De plus, des tensions entre les deux puissances hégémoniques de la régions (Arabie saoudite et Iran) qui s’affrontent par alliés interposés (à l’image des crises de la guerre froide). L’Arabie saoudite quant à elle est un Royaume dirigée par la famille Al Saoud depuis 1932, a pris la tête du leadership du monde arabe après le déclin de l’influence égyptienne sur cette entité qui coïncide avec la chute de l’idéologie panarabe nasserienne. Le Royaume d’Arabie Saoudite est donc naturellement devenu le golighter du monde arabe grâce à sa richesse tirée de ses pétrodollars. Le régime saoudien a donc participé à la diffusion de l’idéologie wahhabite via différents canaux tel que les chaines télévisées de ses satellites le Qatar, les Emirats et grâce à l’influence des puissances wahhabite au sein des organisations inter-arabes. Le Royaume saoudien a été dirigé depuis 1932 par une alliance entre famille Al-Saoud et les tribus du Najed dont est issu le théologien Mohamed Ibn Abdelwahhab ce qu’on a appelé l’alliance du sabre et du coran. Aujourd’hui avec l’émergence de la figure de MBS cette alliance est plus que jamais menacée. Plusieurs questions se posent à la suite de l’émergence de ce jeune prince qui entend bien révolutionner la marche politique institutionnelle et diplomatique de son pays.

Qui est MBS ?

Mohammed Ben Salmane est né à Djedda en 1985. Il est le fils de Salmane Ben Abdelaziz Al Saoud, lui-même descendant de l’un des nombreux fils du Roi fondateur de la dynastie Al Saoud et actuel souverain du Royaume. Il étudie contrairement à nombreux princes de sa dynastie en Arabie Saoudite. Il obtient une licence en droit à l’université du Roi Saoud à Riyad. crown prince bin salman king salman saudi afp dec 2017.jpgIl ne maîtrise que très peu les langues étrangères contrairement à ses frères, mais il n’en reste pas moins que MBS est le fils préféré de son père le souverain. En 2011 après la nomination de son père au portefeuille de la défense, il devient son conseiller personnel. Ce n’est que le début d’une longue coopération entre les deux hommes. Durant cette période, il devient hégémonique au sein de l’institution de la défense et n’hésite pas à évincer et à limoger les personnes trop encombrantes, pratique qui là aussi va continuer au fil de son ascension du pouvoir. En 2016, il confie au célèbre cabinet de consulting américain McKinsley l’élaboration de sa vision d’avenir pour la pétromonarchie. Vision qu’il expose la même année en grande pompe lors d’une cérémonie à Riyad. Ce plan nommé « Vision 2030 » vise à diversifier l’économie du pays afin de minimiser sa dépendance au pétrole (l’Arabie saoudite réagit assez tardivement sur ce domaine, elle a été précédée des années avant par les Emirats et dans une moindre mesure le Qatar.) Le plan vise aussi à minimiser l’emprise religieuse sur la société saoudienne et de la tourner vers le loisir et le divertissement. Durant cette période le jeune prince est en situation de rivalité avec Mohammed Ben Nayef (MBN), un illustre personnage du régime saoudien alors prince héritier et ministre de l’intérieur chargé de l’anti-terrorisme. Ce dernier est de plus en plus dans l’ombre de son cadet. La domination de MBS sur le champ politique est actée par le roi Salmane qui le nomme prince hériter le 21 juin 2017 aux dépens de MBN qui est démis de toutes ses fonctions.

A SUIVRE…

Reda El Jai

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