MBS : refonte du système politique saoudien ou entreprise de démolition d’un ordre régional fragile ? (3/3)

Le nouveau paradigme diplomatique de MBS

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La politique saoudienne ne peut être étudiée sans prendre en compte les États-Unis. Un bref rappel historique peut nous aider à comprendre les liens qui unissent les deux pays. Le 14 février 1945, le président Roosevelt rend visite au roi fondateur de la dynastie Al Saoud. La rencontre se passe sur l’USS Quincy. Les deux hommes passent un pacte dont les clauses les plus importantes sont : d’une part, la protection des Etats-Unis contre le pétrole saoudien d’autre part la neutralité des États-Unis concernant le conflit israélo-arabe. La première clause est toujours de mise. Concernant la deuxième les États-Unis n’ont cessé de prendre part pour Israël, ce qui en 1973 a provoqué la lassitude du Roi Fayçal, fils du Roi fondateur. Cela mène à un choc pétrolier pour faire pression sur ses alliés et leur rappeler les termes du pacte qu’ils avaient conclu avec son père. Sommes-nous aujourd’hui en train d’assister à un pacte Quincy 2.0? Tout semble le montrer. En effet l’éviction de MBN proche de l’administration Obama et du parti démocrate coïncide avec l’arrivée de Trump au pouvoir. Dès sa nomination, MBS entreprend des négociations avec le clan Trump notamment, en octobre 2017, avec le gendre et conseiller personnel du président Jared Kushner. Ces négociations ont mené à une entente entre les deux administrations. En mai de la même année, le président Trump effectue une visite en Arabie saoudite avec à la clé des commandes d’armement très juteuses pour l’industrie militaire américaine. En contrepartie, l’administration Trump soutient la politique menée par MBS comme en témoigne le tweet du président après la purge menée par MBS. Ce soutien mène le prince à sévir contre ses détracteurs de la manière la plus musclée.

 

Le soutien américain est aussi visible en politique étrangère. Au moment où les États-Unis tournent le dos à l’Iran, le prince réenchéri en créant une coalition arabe contre les chiites au Yémen (qui d’ailleurs peuvent être considérés comme l’un des plus grands échecs militaires saoudien). MBS se montre aussi très offensif contre l’Iran lors de ses interventions lors de sommets à l’étranger. La politique étrangère saoudienne montre aujourd’hui la volonté de casser le croissant chiite qui prend de plus en plus d’ampleur. A l’image de la crise entre MBS et le président du conseil libanais Saad Hariri, à qui le prince reproche d’avoir laissé le champ politique libre pour l’émergence du chiisme, cette crise entre les deux hommes a pris une telle ampleur que le premier ministre libanais a dû présenter sa démission depuis Ryad (sous la menace) avant de revenir sur sa décision.

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Rencontre informelle entre Saad Hariri, Mohammed VI et MBS en marge de la visite officielle de ce dernier a Paris. 

Outre ces rebondissements et cette instabilité régionale, le leadership du prince est applaudi par la communauté internationale. Le prince libéralise un peu le champ social de son royaume (dont la population est très jeune et l’idéologie très stricte). MBS permet aux femmes d’avoir le permis de conduire, de se présenter aux élections législatives… Cela permet au prince d’être reçu en grande pompe dans toutes les capitales occidentales ? Ainsi, les visites à Londres, Paris et Washington se sont soldées par des déclarations enthousiastes des chefs d’états hôtes.

 

La personnalité du prince est-elle à l’image de la politique qu’il mènera ?

 

Le prince reste très discret. Hormis quelques interviews, discours officiels et conférences de presse, sa personnalité reste assez opaque. Selon l’article du journal Le Monde datant du 8 avril 2018, des sources proches de lui rapportent qu’il serait « impulsif », qu’il piquerait des colères noires contre ses collaborateurs quand ils se permettent de le contredire. Le prince a donc une part sombre. « Il écoute peu et tranche tout seul sans prendre le temps de la réflexion ». Du point de vue personnel, « il a beaucoup de tics et est assez complexé par son poids ». Mais il n’en reste pas moins que ses proches lui accordent le fait d’être vif, visionnaire et très intelligent. Ce qui nous pousse à nous poser certaines questions en ce qui concerne sa politique en tant que futur souverain du royaume saoudien, sachant que le fait inédit est qu’il accédera au trône très jeune et aura certainement un règne assez long contrairement à ses prédécesseurs dont la moyenne d’âge d’intronisation était de 75 ans.

UnknownPerspectives d’avenir

En ce qui concerne le volet social, des questions se posent. La société est certes très jeune mais acceptera-t-elle un changement radical de la doctrine religieuse et social sans remous ? Le pacte « du coran et de l’épée » ou « Al Saoud Al Wahhab » que tente de détruire MBS n’aura-t-il pas des conséquences tribales néfastes sur la domination de la famille Al Saoud ? La vision 2030 répond-elle vraiment aux besoins sociaux des saoudiens ? La confrontation entre chiites et sunnites n’est-elle pas inévitable vu la politique menée par MBS ?

Beaucoup de d’incertitudes guettent le futur du royaume…

Reda El Jai

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