Quand Daech parle la langue d’alcool

partant du postulat que l’effet des crimes de Daech sur les arabes est semblable à l’effet de l’alcool sur son consommateur.

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Que reste-t-il du buveur d’alcool quand il va à l’extrême devant son verre ? En fait, il ne reste de lui que sa propre personne, la vraie, sans retouches, sans masques, sans maquillage. Le violent chute dans sa violence, le triste se replie dans sa tristesse et le sobre, le calme se manifeste dans son silence.

Le cynique, le ricaneur, le nocif, tous font tomber leurs masques à cet instant rebelle qui nous ramène vers le soi, vers le moi. Non loin de l’effet de la bouteille d’alcool, se lance un questionnement fait avec la même pâte. Que reste-t-il de nos pays arabes après Daech ?

Daech, qui nous a transpercé jusqu’à la moelle, qui nous a pisté, dépisté, filtré jusqu’à ce qu’il n’en reste de nous que des sociétés fragiles qui exercent ses premiers instincts primitifs dans la violence, la haine, l’assassinat, l’égorgement et le bombardement aux barils. Que nous reste-t-il à part une descente vertigineuse au plus bas fond de notre humanisme et même au-delà du bas fond. Daech se rapproche à travers ses faits et méfaits insensés de la réalité de nos sociétés, de nos régimes au pouvoir, de nos références religieuses et même de nos oppositions au printemps arabe de façon stupéfiante de la bouteille d’alcool. Mais avec pour seule différence : l’alcool est plus sûr que le laboratoire sauvage des crimes de Daech.

Liquor Little Bottles

Avant même qu’on ne comprenne un de ses actes abjectes du moment, nous nous heurtons à ce qui est pire dans l’acte qui suit, à tel point que la surprise parait dénudée de son atrocité. Daech a montré le sommet de l’iceberg que cache nos sociétés, et travers sa criminalité basée sur un «texte religieux sacré», il a déchiré les feuilles de mûrier qui cachaient les péchés de nos âmes éprises du mal. Daech a démontré sans équivoque les coins et recoins de notre violence et de notre « moisissure ». Il a fait briller nos épées tranchantes habituées à une éducation basée sur l’extrémisme, le fanatisme et sur un héritage ancré dans la haine et la capacité de commettre des violences.

A travers leurs crimes à la « Hollywoodienne » -et peut être que l’assassinant ignoble du pilote jordanien Mouad El Kassassba n’en n’est pas le dernier- les criminels de Daech n’ont pas fait réagir les pays du monde occidental.

Ces derniers savent tout, suivent et surveillent minutieusement et avec grande maîtrise les moindres détails et toute l’évolution des événements dans notre moyen orient endeuillé. Daech, cette organisation terroriste a plutôt choqué nos peuples soumis….et les a poussés malgré eux à faire face à sa réalité et à ce qu’ils sont sans masques ni mensonges.

Des questions fatidiques s’imposent à nous à nouveau : Qui sommes-nous ? A quel bord intellectuel appartenons-nous ? Quel est notre rôle dans la participation à la construction de la civilisation humaine ? Le plus étonnant dans de l’exécution du pilote jordanien, c’est cette incroyable capacité de Daech de démonter et de déshabiller le fond caché et la réalité de nos sociétés, sinon comment expliquer l’expansion des expressions : « vengeance, incitation aux crimes et aux carnages » après quelques heures de l’exécution de Kassassia le martyre ? Et comment expliquer des Fatwas religieuses demandant de riposter avec toute cette violence dépourvue de sagesse ou espoir de changement ? La riposte des jordaniens ne s’est pas faite désirer.

La vengeance s’est manifestée rapidement par l’exécution de Sadjida El Richaoui et Ziad El Kharbouli et le réveil du Roi Abdellah II n’a pas tardé à comprendre l’importance et la nécessité de faire participer la Jordanie aux côtés des forces de la coalition internationale pour se venger de Daech sur les terres syriennes.etat-islamique-daech

De l’autre côté de la rivière sainte, El Azhar (la très renommée école religieuse d’Egypte) n’a pas hésité à annoncer son appel à la vengeance des membres de cette organisation «en les tuant, les crucifiant et les découpant en riposte à leurs crimes horribles» Si El Azhar, lui qui insiste à chaque occasion qu’il est le plus en vue dans sa modération et sa tolérance, appelle à la vengeance dans toute cette « transparence » de violence, et va même jusqu’à appuyer sa fatwa par des versets du Coran, que peut-on attendre des autres institutions religieuses qui sont plus extrêmes et à cheval dans la pratique « la Charia » de la religion musulmane telle qu’elle est présentée « interprétée » dans l’écrit sacré ? Et quelle sera la réponse des théologiens d’El Azhar, ceux-là même qui sont normalement très au fait des sciences de la Charia, à Daech qui se ressource pour commettre ses crimes des textes sacrés ? Ce que Daech a dévoilé sur nos sociétés confirme que la violence est arrivée au stade de contrôler nos actions et nos comportements de A à Z.

Il n’est même pas permis de dire que nos réactions sont à la hauteur des actions menées par cette organisation terroriste. Il est important de faire rappeler et de qualifier les crimes islamistes sauvages de Daech de crimes abjects. Mais il faut également reconnaître qu’une organisation de l’ampleur de Daech, ne prête aucune importance à nos opinions, encore moins à nos qualificatifs, surtout que ses membres se vantent de leur terrorisme. Ils invitent même «une partie des croyants» à assister et être témoins de leur «sincérité» dans l’exécution des sentences d’Allah. Ils ne se soucient pas que parmi «les croyants», des enfants de moins de 10 ans assistent au spectacle.

Alors, quel avenir peut-on souhaiter ou espérer d’une culture qui fait rappeler nos héritages de violences ancrées en nous et répandues dans nos pays et qui n’a aucun respect à la vie humaine et à sa dignité ? Le grand choc de Daech, n’est peut-être pas seulement ses crimes qui sont arrivés aux extrêmes de l’ignoble, mais dans notre insistance à faire face à la sauvagerie et aux violences avec la même langue, le même procédé et la même dureté. On parait ainsi comme une grande couveuse qui s’élargie à la folie de Daech et à toutes les autres organisations terroristes.

Nos sociétés sont arrivées aujourd’hui à accepter et cautionner, d’une façon jamais connue, à légaliser la langue de la violence. Il faut dans cette situation affreuse commencer un travail collectif large, avec l’adulte et l’enfant, hommes et femmes… avec pour objectif de changer l’essence de la mentalité religieuse dans nos pays.

Un changement qui vise une rupture culturelle radicale avec cette violence et cette ignorance religieuse. Un changement qui accepte la reconnaissance de l’autre, respecte sa différence et projette de partager avec lui. Un changement dans lequel nous pouvons faire partie des démocraties des peuples et des partenariats entre pays, ce qui protègera la stabilité des peuples de la région et du monde. Face à cet effroyable désastre, il est impératif de procéder par un acte chirurgical précis sur cette culture vide humainement et existentiellement.

Il faut lancer des projets éclairants loin de toute idéologie religieuse ou pensée fermée. Mais reconnaissant que de tels projets ne peuvent voir le jour sous le ciel des états arabes actuels. Des états d’oppression qui durent et perdurent.

Bachar Aboud

2 réflexions sur “Quand Daech parle la langue d’alcool

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